La question des prises de vues

Les premières photographies stéréoscopiques étaient réalisées soit au moyen d’un seul appareil que le photographe déplaçait pour produire la vue destinée à l’œil gauche et celle destinée à l’œil droit ou alors au moyen de deux appareils placés côte-à-côte. 

On imagine aisément tous les obstacles occasionnés par cette pratique empirique : difficulté du calcul de l’angle à appliquer pour chaque prise de vue et impossibilité d’obtenir des vues instantanées. Il n’est pas rare alors de remarquer des différences notables entre le cliché de droite et celui de gauche, lorsque les couples stéréoscopiques ont été produits à l’aide d’un seul appareil que l’on a déplacé latéralement.  Dans l’exemple ci-contre, on voit de manière très nette que les deux hommes qui discutent sur l’échafaudage se sont déplacés entre les deux prises de vues. 

Images stéréoscopiques Strasbourg pont de Kehl

En 1853, le lithographe parisien Alexandre-Marie Quinet a l’idée de fabriquer le premier appareil photographique à double objectif tout spécialement destiné à la prise de vues stéréoscopiques ; il nomme son appareil le Quinétoscope. Cet appareil se caractérise par deux objectifs séparés entre eux de 6 ou 7 cm, espacement moyen entre les pupilles humaines. Il permet alors de prendre des vues presque identiques, avec un décalage équivalent à celui de l’image reçue par chaque œil.  Cette invention ingénieuse tardera cependant à séduire et bon nombre de vues stéréoscopiques réalisées jusqu’en 1860 seront faites sans chambres binoculaires

Images stéréoscopiques Strasbourg pont de Kehl
Images stéréoscopiques Strasbourg pont de Kehl

"Ce qui était presque impossible pour le dessinateur le plus exercé, est devenu facile au premier photographiste venu, pourvu qu'il opère dans les conditions voulues.  Ces conditions sont d'avoir deux chambres obscures, munies d'objectifs de même foyer ; de placer ces objectifs à la même hauteur, et de la faire viser au même point au centre. 

Quant à la distance à observer entre les objectifs, on peut partir de l'angle formé par les lignes mêmes des deux yeux à un point placé à la distance de la vue distincte. La distance des deux yeux étant de 65 millimètres, et la vue distincte supposée de 250 millimètres, cet angle sera de 15° environ ; c'est à dire qu'il sera bon de placer habituellement les objectifs à une distance l'un de l'autre, qui sera le quart de la distance des objectifs à l'objet qu'on veut représenter. 

Il est surtout essentiel que les lignes de visée des objectifs aillent se couper en un même point. Il serait trop long d'en exposer ici les moyens ; d'ailleurs chacun saura se faire une méthode ; mais il importe de bien se pénétrer de cette vérité : que les objets seront nécessairement déformés toutes les fois que cette condition n'aura pas été remplie. "

Journal La Lumière, 30 novembre 1851.