Des rencontres décisives

...avec l'abbé Moigno et l'opticien Jules Duboscq

Le scientifique pressent le potentiel important qu’il pourrait avoir auprès du grand public mais peine à convaincre ses compatriotes du bien-fondé de son invention. Finalement, c’est à Paris qu’il se rend pendant l’automne 1850 pour persuader plusieurs figures majeures liées à l’optique de le suivre dans cette aventure. La rencontre avec l’abbé Moigno, célèbre vulgarisateur scientifique est décisive.  Moigno  l’oriente vers la célèbre maison Soleil & Duboscq pour la construction d’un nouveau modèle de stéréoscope. La maison est suffisamment réputée pour lancer à grande échelle la production de stéréoscopes. De plus, les compétences sont réunies puisque Jules Duboscq excelle dans la fabrication d’instruments d’optique et son beau-frère Henri Soleil maîtrise la taille des lentilles. 

...avec la reine d'Angleterre Victoria

Jules Duboscq mesure d’emblée la fascination spectaculaire que procure cette invention et soupçonne une bonne affaire commerciale ; il se lance dans la fabrication de plusieurs modèles de stéréoscopes et la réalisation de vues stéréoscopiques au daguerréotype.  Il profite alors de la première exposition Universelle ouverte du 1er mai au 15 octobre 1851  pour glisser un stéréoscope et quelques vues parmi l’ensemble des objets qu’il présente sous l’enseigne Soleil & Duboscq. 

Lorsque la reine Victoria en visite à l’exposition s’arrête devant le stand de Jules Duboscq, elle porte un grand intérêt à l’un des stéréoscopes présentés et s’émerveille raconte-t-on, du spectacle offert par les nombreuses vues stéréoscopiques qui l’accompagnent. L’opticien entrevoit une opportunité et fabrique un luxueux stéréoscope qu’il lui fait offrir par David Brewster.

 

  • Brewster Moigno stéréoscopie
    Lithographie de l'abbé Moigno

"Je ne veux pas terminer sans vous apprendre l'apparition à Londres et l'accueil enthousiaste qu'a obtenu un charmant petit appareil d'optique, le stéréoscope de Wheatstone, inventé il y a une douzaine d'années, et dont M. Soleil, je crois, à Paris, a fait la plus curieuse application au daguerréotype, en soumettant au foyer de ses lentilles deux portraits de la même personne faits sous un angle différent. On ne voit qu'un seul portrait, avec des formes de ronde bosse ou de statue, dont la vérité fait jeter des cris."

F.A. de La Rivière, Journal La Lumière 24 août 1851.

Cet intérêt marqué de la reine pour l’objet est aujourd’hui unanimement considéré comme le point de départ de sa très rapide progression à travers le monde. Par la collaboration fructueuse entre Brewster et Duboscq, le stéréoscope est alors détourné de sa vocation scientifique : il devient un objet commercial. 

Quelques jours plus tard, les commandes affluent et Jules Duboscq se lance alors dans la fabrication à grande échelle de stéréoscopes.