Famille Caillol-Carrières

         «   Je me souviens, avec une certaine précision, la première fois que j’ai pu voir ces plaques photographies. C’était lors d’une soirée dans la maison aveyronnaise de mes grands-parents. J’y passais quelques jours durant les vacances de Pâques. Mes frères n’étaient pas là.

Nous étions dans le salon et ma grand-mère ouvrit les portes d’un petit meuble pour en ressortir, méthodiquement, plusieurs boîtes qu’elle déposa ensuite sur la lourde table en bois. Cette cérémonie se déroula, à l’habitude de sa célébrante, en silence. Avec le recul, j’apposerai le terme de « solennel » à ces allers-retours entre ce meuble et cette table.

Le nombre de boîtes me paraissait fortement élevé ; d’autant plus que je n’en connaissais nullement leur contenu mais elles promettaient, à n’en pas douter, le début d’un fascinant récit.

Ainsi, c’est lorsque ma grand-mère, ouvrit la première boîte et déballa, précieusement, cette plaque foncée, emballée dans un papier chiffonné et jauni que débuta la narration de l’aventure photographique de mon arrière- grand-père :

Son père, Jean Carrières, était né en 1895 dans cette région (Aveyron). Il devint ingénieur dans les mines de Carnaux. Très tôt, il montra des aptitudes pour le travail manuel et un intérêt saisissant pour les sciences. Ma grand-mère était la dernière d’une fratrie de garçons (nos grands – oncles Jean et Pierre). 

Mais, à l’unanimité, ce qui détermina le mieux Jean fut son modernisme.

En effet, mes frères et moi avions toujours entendu ma grand-mère ou mon père parler de lui comme un homme avant-gardiste ; un homme brillant, un inventif tourné et passionné par le progrès technologique.

(Mon père m’a raconté que son grand-père était connu et reconnu comme celui qui était toujours « le premier » (le premier à avoir une voiture dans son village, le premier à avoir le téléphone,).) »

Tout en parlant, ma grand-mère continua à faire ressortir de leur sanctuaire des dizaines et des dizaines de plaques photographiques. Ensuite, elle finit par me tendre un drôle d’objet : une espèce de petit coffre en bois, avec le fonctionnement des jumelles et un mécanisme, pour moi, comparable à un kaléidoscope.

Il s’agissait des « lunettes » permettant d’animer en trois dimensions les plaques photographiques.

En bas des plaques, nous pouvions y découvrir le lieu, la date et leur numéro. Toutes étaient répertoriées dans un livret, avec une rigueur absolue. La plupart des photos était accompagnée d’une anecdote, d’un souvenir orales de ma grand-mère. C’était comparable à la narration d’un conte, illustrés par des images vivantes.

C’est toute une mémoire, un récit familial et historique qui défilaient devant nos yeux : des paysages, des lieux, les portraits de nos aïeux ; des souvenirs, des traces écrites, superbement, figés dans le verre.

Jean a photographié, d’années en années, ses enfants dans une même position. Quelle drôle de sensation que de découvrir sa grand-mère en culottes courtes : on y perçoit des traits et des attitudes semblables aux nôtres.

Notre histoire familiale, intime, se mélangeait, alors, étrangement avec l’Histoire : des monuments emblématiques et indéfectibles des villes (la grosse cloche à Bordeaux), l’exposition universelle de 1937, etc.  (Où on peut voir, non sans un certain effroi, le drapeau nazi flotter dans le ciel parisien)

Par la suite, nous avons consulté ces archives photographiques à de nombreuses reprises avec la sensation de les redécouvrir à chaque nouvelle observation. On les fixe, le cœur un peu lourd, mais avec une grande fierté.

Mon mari et moi, nous nous sommes amusés à retrouver certains lieux photographiés par mon arrière-grand-père.

Il les a photographiés, de nouveau, en essayant de respecter le plus fidèlement possible, l’angle adopté par Jean.

Croyez-moi, ce pèlerinage fut émouvant ; comment ne pas penser à ce cher parent qui a frôlé les mêmes pavés, emprunté le même chemin que vous 90 ans auparavant ?

C’est pour toutes ces raisons que nous sommes très heureux de partager, aujourd’hui, ce corpus photographique où la petite histoire se mêle à la grande.

Et surtout, nous souhaitons rendre hommage à nos chers disparus. »

Famille Caillol-Carrières 

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