Désirée Pochonet (1828-1860)

Vous rappelez-vous de cette actrice ? Elle était le sujet de notre énigme du mois de septembre !

Collection Magendie, Mag3326
  • nous nous situons entre 1874 et 1876
  • le photographe et éditeur est Anatole Pougnet
  • il s’agit d’une image tirée d’une série de portraits d’actrices parisiennes

Vous avez été plusieurs à proposer des noms : Adèle Blanchart dite Berthe Legrand, Marie Muller, Hortense Schneider, Marie Raphaël, Louise Vaissière dite Lise Tautin,…  Les similarités entre ces actrices populaires ont souligné les canons de beauté de l’époque.

Finalement, nous avons envoyé une demande auprès du Département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France pour quatre actrices non identifiées dans nos vues numérisées. Dans les importantes collections stéréoscopiques de la BnF (près de 20 000 vues), une seule correspondait à notre recherche : il s’agissait justement de notre énigme !

Une mention au verso indique « Désirée » sur la vue de la BnF, rien d’autre.
En cherchant un peu plus, nous avons finalement trouvé une correspondance en la personne de Marie Désirée Pochonet (ou Pochonnet), dite Mlle Désirée, chanteuse et comédienne au Gymnase autour de 1850.

Désirée, Gaston & Mathieu, Paris, Musée Carnavalet

Il existe relativement peu d’informations sur elle, mis à part quelques mentions dans des revues, cartes de visite du Musée Carnavalet, images de costumes et autographes. Habituée des rôles d’ingénues, elle est reconnue pour sa grâce et sa gentillesse.

Désirée, Reutlinger, Paris, Musée Carnavalet
Désirée, Carjat & Cie, Paris, Musée Carnavalet

On trouve également une allusion chez Théophile Gautier : « elle n’a pas trop mal répété sa leçon » dans un feuilleton du 5 janvier 1846.

Pierre Laubriet (dir.), Claudine Lacoste-Veysseyre (éd.), Théophile Gautier : Correspondance générale : 1846-1848, Genève-Paris : Droz, 1988, p. 47

Nous savons cependant, par le biais d’un procès dont elle fut le sujet, qu’elle est entrée au théâtre du Gymnase en 1844, à l’âge de 14 ans.
Le théâtre du Gymnase, ou Gymnase-Dramatique ou encore simplement Gymnase, est un théâtre parisien fondé en 1820. Il est aujourd’hui nommé théâtre du Gymnase Marie-Bell et inscrit à la liste des Monuments historiques. L’époque de Désirée correspond à un changement dans le répertoire de l’établissement : on abandonne peu à peu les pièces morales pour passer à un registre plus sentimental issu de Balzac, George Sand, Alexandre Dumas père et fils, Emile Augier,…

Le procès, ayant eu lieu en 1845, oppose sa mère contre le directeur du théâtre, afin d’annuler l’engagement professionnel de sa fille pris pour quatre ans alors qu’elle était encore mineure.

Désirée, Franck, Parus, Musée Carnavalet

« Voilà ce que dit le directeur, et il a raison. Malheur, malheur aux mères qui confient leurs filles au théâtre ! »


Gaston Lèbre, Emile de Saint-Auban (éd.), Revue des grands procès contemporains, Paris, 1893, p. 251-254 [En ligne]  consulté le 22 mars 2019

Le déroulé du procès a été retranscrit dans plusieurs journaux de l’époque. Le Journal des débats politiques et littéraires du 18 août 1845 est plus virulent ; on comprend que l’objet de l’affaire concerne plutôt la chute morale d’une jeune fille qu’on devine « coupable », perdue au milieu des frivolités et mauvaises fréquentations du théâtre…

Journal des débats politiques et littéraires, 14 août 1845 [En ligne]

Gazette des tribunaux, jeudi 21 août 1845, 20e année, n° 5655.

La demande de nullité d’engagement est cependant perdue et Désirée continue manifestement de se produire au Gymnase, comme en atteste cette gravure de 1846 où elle est représentée.

Eustache Lorsay, Les acteurs du théâtre du Gymnase, L’Illustration, volume 1846-1847

Elle a ensuite été mariée deux fois et de sa seconde union avec l’acteur Pierre Frédéric Achard naît Frédéric Alexis Pochonet dit Achard (1848-1913), qui fait également carrière au Gymnase.

Enfin, pour terminer sur notre énigme : nous vous avions donné une datation entre 1874 et 1876, or cette comédienne est décédée en… 1860. Cela nous donne une information supplémentaire sur l’utilisation de photographies, éditées plus tard par Anatole Pougnet et confrères.

Désirée, Gaston & Mathieu, Paris, Musée Carnavalet Cette photographie et la deuxième présentée dans cet article ont sans doute été prises au même moment que notre vue stéréoscopique.

Plus d’informations sur les cartes de visite : http://parismuseescollections.paris.fr/fr

Une réponse sur “Désirée Pochonet (1828-1860)”

  1. Wouha merci pour la petite histoire ! …
    Désirée trop tôt, pardon le jeu de mot mais il n’y a pas un siècle plus respectueux qu’un autre quand on parle au féminin !…
    À bientôt la prochaine énigme …

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