Vacances en Suisse à la fin du XIXe siècle

Genève, vue du bord du lac en 1863, collection Magendie, MAG3517

Pour nous, aujourd’hui, l’été est la saison des vacances par excellence. Mais qu’en était-il dans la deuxième moitié du XIXe siècle ? L’imagine-t-on ? Eh bien, il en était déjà de même, au moins dans la bonne société et la bourgeoisie !

Grâce, notamment, au mouvement romantique, la Suisse devient très vite une destination privilégiée de villégiature estivale (avant d’être aussi une destination d’hiver à la mode). Ce sont les Britanniques qui sont à l’origine de la vogue pour cette destination : le développement du tourisme en Suisse débute en 1858, car « l’agence de voyages » (locution apparue en 1840) Thomas Cook lance cette année-là les premiers voyages de vacances à forfait avec un guide (ce que l’on nommera plus tard des « voyages organisés ») ! Dans la foulée, les Alpes connaissent un grand engouement ; les Britanniques sont même à l’origine du Club alpin helvétique !

Il faut préciser que de nombreuses routes sillonnent désormais les cols alpins, routes que l’on peut parcourir en voiture à cheval depuis un lieu de villégiature. Mais, c’est le chemin de fer qui ouvre les Alpes au tourisme de masse. De surcroît, avec l’invention de la crémaillère, même les pentes les plus hardies peuvent être franchies par le rail : un progrès technique dont les constructeurs de voies ferrées suisses vont faire un usage généreux…

Extrait d’une affiche publicitaire vantant le tourisme en Suisse
Affiche publicitaire du PLM faisant la promotion du séjour à Genève (à partir de 1858)

Bien que réalisée sans coordination fédérale, la construction des lignes de chemin de fer, d’abord en retard par rapport au reste de l’Europe, progresse très vite en Suisse à partir de 1852, notamment grâce à l’implication d’investisseurs britanniques ou français, qui lancent de nombreuses liaisons avec les voisins européens de la Confédération. Ainsi, à partir de 1875, le réseau de chemins de fer helvétique est très complet et dessert la plupart des villes de villégiatures, au prix d’incroyables prouesses en matière de construction de viaducs et de percement de tunnels.

Viaduc de chemin de fer sur la ligne du St-Gothard, aux environs de Wassen, ouverte en janvier 1882 : elle permet de franchir les Alpes du sud vers le nord. Cette ligne est un chef-d’œuvre d’ingénierie ferroviaire. L’ascension se fait selon un cheminement hélicoïdal jalonné de nombreux tunnels (eux-mêmes en courbe) et de viaducs. La pente est telle (2,8 %) qu’il faut à ses débuts rien moins que 5 locomotives pour tracter un train ! Collection Magendie, MAG3496

Alors, mettons-nous « dans la peau » d’une famille aisée des années postérieures à la guerre de 1870 : si nous choisissions la Suisse comme destination de villégiature estivale ? Nous consulterions les premières brochures de l’agence Thomas Cook. Par quel lieu de séjour allons-nous nous laisser tenter ?

La Stéréothèque, riche de plus de 375 vues de ce pays, au sein des collections Bidault, CLEM, Coulon, Magendie, SAB, Wiedemann, nous permet d’envisager de nombreuses propositions que l’on aurait pu, sans aucun doute, retrouver dans le catalogue de l’agence.

Chercherons-nous le calme et le charme romantique des bords de lacs ? La Suisse, avec ses très nombreuses villes hôtelières réparties le long de sa dizaine de grands lacs, nous offre d’innombrables possibilités de séjour !

Si nous sommes francophones, le lac Léman vient tout de suite à l’esprit, avec, en premier lieu, la brillante Genève, ville intellectuelle et quelque peu aristocratique, lovée autour du fond du lac qui donne naissance au Rhône :

Genève, le jardin anglais en bordure du Lac, avec, au second plan, l’embarcadère des vapeurs (1873-1878), Collection Magendie, MAG3520

De ce lieu de séjour, il sera possible d’envisager de très nombreuses excursions sur les déjà célèbres vapeurs à roues qui permettent soit des tours du lac, soit des excursions d’une journée entière, comme par exemple Vevey, ou Montreux, localité à proximité de laquelle Jean-Jacques Rousseau séjourna plusieurs fois :

Vue d’un quartier de Montreux depuis la jetée du port (1855-1899), Collection SAB, SAB028

C’est d’ailleurs dans cette même région, à la pointe est du lac, que se dresse le château de Chillon sur un promontoire qui forme une presqu’île ; le pittoresque de ce site est particulièrement apprécié depuis que Lord Byron en célébra le charme au début de ce XIXe siècle en faisant de ce lieu le décor d’un de ses romans :

Vue du Château de Chillon depuis la rive sud du lac (1868), Collection SAB, SAB181

En partant de Montreux, on peut aussi (à partir de 1888) emprunter un tramway électrique jusqu’à Chillon, puis se faire conduire en voiture (hippomobile) à Vernayaz, enfin jusqu’à la cascade de Pissevache… :

Cascade de Pissevache (1855-1883), dans les environs de Vernayaz, Collection CLEM, CLEM017

On pourra aussi demander à être accompagné pour une excursion dans les impressionnantes gorges de la Trient, les plus profondes d’Europe, qui permettent une belle excursion sur une passerelle aménagée entre des parois escarpées :

Gorges de la Trient (aménagées à partir de 1868), environs de Vernayaz, Collection Magendie, MAG3535

Mais on peut aussi se décider pour un séjour germanique, plus dépaysant, et porter son dévolu sur Interlaken, dotée d’un très grand nombre d’hôtels ; le lieu de villégiature est déjà des plus renommé, situé sur l’isthme entre le lac de Thoune et le lac de Brienz, avec une vue imprenable sur le sommet de la Jungfraujoch. De là, les excursions seront nombreuses.

A proximité, on peut aller facilement avec le service d’un cocher jusqu’aux thermes de Matten où l’on prendra des rafraîchissements en admirant les 4 158 mètres de la « Jeune femme » (la traduction littérale de Jungfrau) :

Panorama de la Jungfrau depuis la buvette des thermes de Matten près d’Interlaken (1863-1888), Collection Magendie, MAG3556

Il est également possible de prendre le chemin de fer jusqu’à Grindelwald, à 1 057 mètres. Là, on vous recommande de prendre un guide pour vous laisser conduire jusqu’à la grotte creusée sous le glacier de l’Eiger (3 970 mètres) : une expérience rafraîchissante en plein été !

La grotte sous le glacier de l’Eiger, aux environs de Grindelwald (1858-1865), Collection Wiedemann, WIE208

Les plus téméraires préfèreront louer les services d’un guide de montagne pour entreprendre une excursion sur la mer de glace !

Excursion sur la mer de glace au pied de l’Eiger (1857-1860), Collection Magendie, MAG6165

On peut aussi, au départ d’Interlaken ou de Brienz, prendre le vapeur jusqu’au débarcadère du funiculaire qui permet de monter jusqu’à la cascade de Giessbach face à laquelle une buvette a opportunément été aménagée :

Buvette en surplomb des chutes du Giessbach (1861-1888), Collection Magendie, MAG3557

Enfin, en empruntant le chemin de fer de Brienz à Meiringen, on peut aussi se faire conduire à la station de funiculaire qui permet d’accéder, depuis un belvédère, au panorama sur les chutes de Reichenbach :

Chutes de Reichenbach aux environs de Meiringen (1865-1870), Collection SAB, SAB194

Le touriste disposé à s’aventurer encore plus à l’est peut aussi choisir un séjour sur les bords du lac des Quatre-Cantons, aux contours plus tourmentés. On emprunte ici aussi le vapeur à roues pour sillonner les différentes extrémités du lac ressemblant à autant de « fjords » aux paysages sans cesse renouvelés, les flancs de montagne plongeant de manière abrupte dans le lac, tandis que d’innombrables petits villages alpins s’accrochent sur leurs flancs.

Alpnach, sur les bords du Lac des Quatre-Cantons (1855-1883), Collection CLEM, CLEM020

On séjournera de préférence à Lucerne, magnifique station touristique de grande renommée blottie à l’extrémité ouest du lac.

Panorama sur Lucerne et le mont Rigi (1901), Collection Bidault, QBT146

La ville ancienne y est pleine de charme, et l’on ne manquera pas de traverser le « Kapellbrücke », étonnante passerelle de bois couverte, qui franchit la Reuss, rivière qui sert d’exutoire au lac, et qui relie en zigzag les deux rives de la ville depuis le XIVe siècle.

Le Kapellbrücke de Lucerne (1890-1904), Collection Wiedemann, WIE467

Durant le séjour, on ne manquera pas d’entreprendre une excursion au mont Rigi en chemin de fer à crémaillère depuis le village de Weggis. Pour ceux qui auront le courage de faire l’ascension depuis la veille (hôtel au sommet), le spectacle du lever de soleil est considéré, depuis les romantiques (dont Victor Hugo lui-même), comme l’apothéose d’un voyage en Suisse !

Le mont Rigi, vu du village de Weggis sur une rive du lac des Quatre-Canton (1894-1921), Collection Bidault, QBT154

Ces destinations ne sont qu’un modeste aperçu de ce qu’un organisateur de voyages peut vous proposer comme séjour estival : ne manquez pas de vous renseigner auprès du bureau le plus proche de chez vous représentant la maison de voyages Thomas Cook !

Christian Bernadat

Bibliographie :

« L’histoire du tourisme », swissinfo.ch, consulté le 27 juillet 2020

Histoire du tourisme en Suisse au XIXe siècle par Laurent Tissot, Ed. Alphil

« Histoire du transport ferroviaire en Suisse« , Wikipédia, consulté le 27 juillet 2020

« Histoire des Chemins de fer en Suisse« , Suisse-Romande.com, consulté le 27 juillet 2020

 

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