Une même voiture de course, portant le numéro 29, est présente sur deux vues stéréoscopiques dans La Stéréothèque. Prises en 1903 par le grand-père Mathivet, le commentaire nous apprend qu’il s’agit de la voiture pilotée par madame du Gast pendant la course Paris-Madrid… explorons ensemble ces images tirées de nos collections pour retracer la célèbre course.  

La Course Paris-Madrid

Départ de la Course Paris-Madrid - La Vie au Grand Air — La Vie au Grand Air du 29 mai 1903, Domaine public

Cette course mythique, organisée par l’ACF (Automobile Club de France) était prévue sur 3 jours, les départs échelonnés ayant lieu à Versailles le 24 mai 1903 à partir de 3H30 du matin. C’est un évènement très important en ces débuts de l’automobile, attirant un public de plusieurs milliers de personnes à Versailles, plus de 300 concurrents sont au départ (dont 127 voitures, ainsi que des voiturettes de 400 Kg maximum et des motocyclettes). La course, faisant suite à Paris-Berlin (1901) et Paris-Vienne (1902) organisées les années précédentes, se déroule sur routes ouvertes, la notion de sécurité est pratiquement inexistante, tant pour les concurrents que pour le public, massé sans protection au bord des routes et totalement inconscient du danger.

kilomètres de la Paris - Madrid​
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étapes prévues
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Les jeunes marques automobiles espèrent des retombées publicitaires importantes liées à une victoire: les châssis et carrosseries sont très légers pour gagner en performances, les moteurs puissants permettent d’atteindre des vitesses très élevées pour l’époque.

Louis Renault au départ de la Paris-Madrid en 1903, Aquarelle de Peter J Ashmore, vers 1980.
Paris-Madrid 1903 Marcel Renault, Jules Beau photographie sportive

Fernand Gabriel, courant sur une Mors Z de 70 CV, sera déclaré vainqueur avec une moyenne de plus de 105 km/h.

1902 Mors Type Z Racing Car,

Cependant les routes ne sont pas revêtues, il y a donc énormément de poussière, empêchant souvent les pilotes de voir les quelques panneaux indiquant les virages dangereux, et les freins des voitures sont peu efficaces (il y a uniquement un frein à main agissant sur les roues arrières).

Passage de la Paris- Madrid par le jardin des Tuileries à Paris, avant le départ

Un sport dangereux

Par Le Petit Journal Supplément du Dimanche — Le Petit Journal Supplément du Dimanche, 7 juin 1903, n°255, p.184, Domaine public
"J’aime les automobiles et les automobilistes. Je causais dernièrement avec l’un de ces derniers. C’était quelques jours avant la course Paris-Madrid et je lui disais : — Tous ces gaillards vont faire au moins du 90 ou du 100 à l’heure ? — En moyenne, oui, fit-il, mais à de certains moments ils marcheront plus vite ; ils feront du 110, du 120, peut-être du 140. Et, pensant à tout ce qu’on peut rencontrer sur une grande route, voitures, bêtes à deux ou à quatre pattes, je hasardai cette question : — Ne trouvez-vous pas cela horriblement dangereux? Avec beaucoup de calme, il me répondit : — Oh! ils ont l’habitude de la route. On ne compte pas qu’il y aura plus de 4 tués : passants ou chauffeurs. "
Coureurs au départ de la Paris - Madrid​
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Abandon pendant la course​
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Accidents sur la course Paris -Madrid​
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Accidents mortels
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Toute la course est chroniquée dans la revue La Vie au Grand Air du 29 mai 1903. 

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Étape prévue ... mais arrêt de la course à Bordeaux...

L'arrivée victorieuse de Louis Renault à Bordeaux (Paris-Madrid 1903)

Une série d’accidents, souvent mortels, va émailler la course (le pilote Marcel Renault, frère du constructeur, y perdra la vie), ce qui conduira Georges Clémenceau, alors ministre de l’intérieur, à ordonner l’arrêt de la course à Bordeaux. Par la suite, les courses de ville à ville seront interdites, et les compétitions auront lieu sur circuit.

Bordeaux, Exposition des voitures de la course Paris-Madrid, voiture de Mme Camille du Gast, 25 mai 1903, Inconnu, fonds Mathivet, MAT101 © CLEM Patrimoine / Le Stéréopôle

La voiture présente sur ces vues stéréoscopiques est visiblement exposée avec celles des autres concurrents sous une structure légère en bois et en toile, afin que le public puisse les voir : des barrières en ganivelles empêche le public d’approcher les voitures et une haute cloison en bois, au fond, suggère un accès limité, éventuellement payant. Il s’agit sans doute d’une exposition après l’arrêt la course, sur l’esplanade des Quinconces à Bordeaux. 

La voiture 29 : une De Dietrich 30 CV

Bordeaux, Exposition des voitures de la course Paris-Madrid, voiture de Mme Camille du Gast, 25 mai 1903, Inconnu, fonds Mathivet, MAT126 © CLEM Patrimoine / Le Stéréopôle

La voiture n°29 est une De Dietrich 30CV, son gros moteur 4 cylindres a été conçu par Ettore Bugatti, alors employé de la marque alsacienne. Il fondera plus tard sa propre marque à Molsheim et produira des voitures sportives qui gagneront de nombreux grands prix, ainsi que quelques-unes des automobiles françaises les plus prestigieuses de l’entre-deux-guerres. L’Alsace est alors allemande, mais cette voiture a été construite dans une succursale située en France, elle est donc engagée en tant que voiture française. On remarque avant tout la forme fuselée de la carrosserie, autant vers l’avant que vers l’arrière. Les ailettes du radiateur, sans encadrement, sont positionnées à l’extrême avant, et au-dessous de ces dernières on peut voir la manivelle servant à démarrer le moteur, rôle dévolu au mécanicien. La voiture a de grandes roues à rayons en bois, (10 à l’avant et 12 à l’arrière), on distingue à l’intérieur de la roue arrière des écrous à oreille, servant certainement à démonter l’extérieur de la jante supportant le pneu (la partie centrale avec les rayons restant fixée sur la voiture), on gagnait ainsi du temps en cas de crevaison. Sur la pointe arrière se trouvent 2 pneus de secours, les crevaisons sont très nombreuses à l’époque vu l’état général des routes et les clous abandonnés par les fers de chevaux. La transmission vers les roues arrières s’effectue grâce à une chaîne, le mécanisme est visible en avant de la roue arrière. Le volant est très peu incliné, le siège baquet du conducteur est surélevé par rapport à la ligne de caisse afin d’avoir un point de vue dominant sur la route, et un siège intégré dans la carrosserie, sur sa gauche, permet de transporter le mécanicien. Ce dernier peut actionner l’avertisseur à poire fixé près de son siège.

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Camille du Gast

Au départ du Paris-Berlin 1901. A droite son mécanicien et ami le Prince de Sagan, avec qui son mariage sera annoncé puis annulé l’année suivante – © DR

Cette voiture a été conduite par Camille du Gast, femme très célèbre en ce début de siècle. Née en 1868 dans une famille de la riche bourgeoisie, elle se retrouve veuve en 1895, à la tête d’une fortune très importante. Elle se passionne pour l’automobile, elle est la 2ème femme française à obtenir son « certificat de capacité » en 1897, permettant de conduire une voiture automobile : elle en possède d’ailleurs 2 en 1901.

Elle devient la première française pilote en participant à la course de vitesse Paris-Berlin en 1901 sur une Panhard et Levassor 20 CV.

Camille du Gast au pesage de la Paris-Madrid, 1903, [Collection Jules Beau. Photographie sportive] : T. 21
Camille Crespin du Gast lors du départ de la Course Paris-Madrid, au volant de sa voiture Lorraine Dietrich. Photo prise à 4 heures du matin 14 x 10 cm, Inconnu, Bibliothèque Marguerite Durand

Elle sera la seule femme à prendre le départ de Paris-Bordeaux, occupera à moment donné la 8ème place, avant de s’arrêter à une centaine de kilomètres de Bordeaux pour secourir le pilote britannique d’une autre De Dietrich, blessé dans un accident : après lui avoir donné les premiers soins, elle attendra que les secours le prennent en charge et télégraphiera à sa femme, perdant plus de 3 heures. Elle gagnera ensuite Bordeaux mais n’obtiendra que la 77ème place.

Camille du Gast, seul concurrent à la voiture fleurie, à son arrivée nocturne à Bordeaux du Paris-Madrid 1903, La Vie au Grand Air du 29 mai 1903, p.342

Selon le fils du mécanicien de Camille, elle reprit la route à titre personnel pour terminer la course avec sa De Dietrich, accompagnée de son mécanicien. Quelques kilomètres avant Madrid, une panne importante immobilisa la voiture, qui finira son parcours jusqu’aux faubourgs de la ville tirée par une mule.

Camille du Gast devait l’année suivante courir la prestigieuse coupe Gordon Bennett sur une Benz, mais l’ACF décrète en 1904 que les femmes ne peuvent plus être pilote de voiture car elle seraient « trop nerveuses ». Malgré ses protestations, l’ACF ne reviendra pas sur sa décision et Camille ne pourra prendre le départ (il est possible que le gouvernement ait influé sur cette décision de l’ACF, voyant d’un mauvais œil la participation d’une française aussi connue au volant d’une voiture allemande). Elle se tournera alors vers les courses de canot automobile et participera à de nombreuses épreuves dont la traversée Alger-Toulon. Celle que l’on surnomma « la Walkyrie de la mécanique » ou « l’Amazone aux yeux verts » sera entre autres également alpiniste, exploratrice, (plusieurs expéditions scientifiques au Maroc de 1905 à 1912), et militante pour les droits des femmes. Elle deviendra en 1929 la première présidente de la SPA (association protectrice des animaux) et le restera jusqu’à sa mort en 1942.

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La voiture 271 : une Prunel

Bordeaux, Exposition des voitures de la course Paris-Madrid, Voiture 271 de la marque Prunel, 25 mai 1903, Inconnu, fonds Mathivet, MAT128 © CLEM Patrimoine / Le Stéréopôle

La vue stéréoscopique nous montre les ¾ arrière d’une automobile de course portant le n°271, exposée avec les autres voitures participant à la course Paris-Madrid de 1903, certainement sur l’esplanade des Quinconces à Bordeaux.

Le numéro 271 correspond à une Prunel, pilotée par « Villain », arrivée à Bordeaux en 47ème place. Elle concourrait dans la classe des voiturettes d’un poids limité à 400 kg : on remarque un soucis d’allègement maximum, la carrosserie est réduite à un capot pouvant être entrouvert pour favoriser le refroidissement du moteur, les roues à fins rayons métalliques sont très légères, le plancher est simplement constitué de quelques planches de bois non jointives, jusqu’au siège baquet du conducteur qui est simplement canné. Il n’y a que 2 pédales, l’accélérateur et l’embrayage : le frein, agissant seulement sur les roues arrières, est actionné par le levier de frein à main, visible à droite du siège, accompagné par le levier de vitesse. Un klaxon trompe à poire est posé en travers du volant.

Prunel

Prunel commence son activité en 1900 à Puteaux (en région parisienne), et produit au départ des voitures sous la marque Atlas, puis sous la marque Prunel à partir de 1902. Comme de très nombreuses marques françaises (il y en a plus de 170 en 1904), les Prunel utilisaient des moteurs achetés chez différents fournisseurs (de Dion-Bouton, Aster, Herald et Pieper en 1903), et intégraient ces moteurs dans les châssis de la marque. La fabrication d’automobiles cessera en 1907.

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Jean-Christophe Brunet, aidé de Chloé Bernard

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Bibliographie
Camille du Gast, à toute allure vers la liberté !
Laure Grandbesançon en studio avec les enfants de l'école Chasles le Roux de Boisemont ©Radio France

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