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Le voyage retour d’une famille en Extrême-Orient à bord de l’André Lebon des Messageries Maritimes. Premier épisode : de Marseille à Djibouti.

Vue 01 - L’André Lebon des Messageries Maritimes – Carte postale, Collection François Drémeaux

Depuis la fin de 1913, Marcel Forhan est détaché par la Compagnie française de tramways et d’éclairage électrique en tant qu’ingénieur électricien à la Compagnie Shanghaï Tramways, créée par des Français en 1906 au sein de la Concession française de Shanghaï (Chine), pour assurer l’installation d’une centrale électrique destinée à alimenter ce réseau. En 1925, il fait avec sa famille, son épouse et ses trois garçons, un voyage en France. 

Vue 02 – La famille Forhan à Shanghaï en février 1924 : de gauche à droite, Max, l’aîné, Robert, le cadet, Suzanne, l’épouse, Marcel, le père et Marcel André, le deuxième fils. (Album photo de la famille Forhan).

Le 9 octobre 1925, l’heure d’embarquer pour le voyage retour de la famille a sonné à bord du paquebot mixte André Lebon des Messageries Maritimes, qui assurent alors la ligne d’Extrême-Orient.

Marcel Forhan a légué à sa famille un remarquable reportage – une des plus longues séries de photos stéréos (50) de nos collections – retraçant leur voyage retour jusqu’à Shanghaï.

Grâce à l’Association Les Amis de French Lines, qui nous a procuré le Rapport Général du Voyage 1925/1926 de l’André Lebon, il a été possible de dater avec une précision absolue la majorité des vues et de faire des hypothèses vraisemblables sur les quelques photos dont la localisation n’était pas évidente.

Le rapprochement entre cette exceptionnelle série de 50 photos stéréoscopiques prises par Marcel Forhan (de la FRH023 à la FRH072), le rapport général officiel du voyage issu des archives de la compagnie des Messageries Maritimes et la documentation complémentaire fournie par l’héritier de la famille, va permettre de reconstituer les différentes escales de ce voyage maritime, avec une précision inédite dans nos collections, et peut-être même dans les narrations connues des voyages des grandes compagnies maritimes françaises.

Compte tenu de l’ampleur du reportage, nous déclinerons ce périple en quatre épisodes.

Premier épisode : de Marseille à Djibouti.

La première vie de l’André Lebon :

Au moment où la famille Forhan embarque sur l’André Lebon, ce paquebot mixte des Messageries Maritimes a déjà connu une première vie. Lancé sur les Chantiers de La Ciotat en octobre 1913, il est mis en service en juillet 1915 comme paquebot-poste. La Première Guerre mondiale étant déclarée, le navire est aussitôt réquisitionné comme transport de troupes. En 1918, il sera même transformé en navire-hôpital.

Il ne reprend sa fonction de paquebot civil qu’en 1919. Mais, à Singapour, effectuant un ravitaillement en charbon, il chavire. Heureusement renfloué et réparé, il reprend ensuite son service.

Puis, le 1er septembre 1923, alors qu’il est en rade de Yokohama, se déclenche un terrible tremblement de terre. Heureusement amarré dans la baie, il ne subit aucun dommage et parvient à sauver 1 500 personnes et à les faire monter à son bord.

La séquence que décrit le reportage photographique de Marcel Forhan concerne un voyage qui, pour la première fois, ne connaîtra aucun incident majeur, le seul imprévu au programme étant la nécessité de faire escale à Beyrouth pour y débarquer un contingent de 622 militaires.

Long de plus de 161 mètres et large de plus de 18 mètres, il déplace 19 260 tonnes. Pour ce voyage, il va embarquer 1 115 passagers (230 en première classe, 175 en seconde, 113 en troisième et 596 en quatrième classe – essentiellement issus du contingent militaire). Il est animé par deux machines à triple expansion couplées à 12 chaudières, toujours à charbon à cette date, le tout fournissant 11 000 CV transmis à deux hélices qui lui permettent une vitesse de pointe de 17 nœuds.

La ligne d’Extrême-Orient des Messageries Maritimes :

Depuis avant la Première Guerre mondiale, la compagnie des Messageries Maritimes assure une desserte de l’Extrême-Orient, avec comme escales Port-Saïd et Suez (de part et d’autre du canal), Djibouti, Colombo capitale de l’île de Ceylan, Singapour, Saïgon, Hong Kong, Shanghaï, Kobe et Yokohama au Japon.

Vue 03 - Carte de la ligne d’Extrême-Orient des Messageries Maritimes – Source Philippe Ramona

Rappelons que, sur l’ensemble de ces escales, l’Égypte est sous administration britannique depuis la fin de la Première Guerre mondiale mais la gestion du canal est largement assurée par des Français, Djibouti est un territoire français, Saïgon est la capitale de l’Indochine française, un des territoires français d’outre-mer les plus importants, et Shanghaï comporte une concession française. Ainsi, cette ligne d’Extrême-Orient revêt une importance stratégique pour le pays et pour de nombreux voyageurs français installés sur ces territoires : fonctionnaires, militaires mais également employés des nombreuses entreprises françaises installées sur place.

Vues 04 & 05 – Affiches des Messageries Martimes – Coll Particulières

L’entreprise a également la volonté de faire de cette ligne une destination touristique. On ne dispose pas d’informations précises sur la fréquentation touristique de la ligne, mais on peut douter que le tourisme ait constitué un contingent majeur parmi les voyageurs pour un voyage qui durait un mois et demi dans chaque sens…

Embarquement à Marseille sur l’André Lebon le 9 octobre 1925 :

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le quai d’embarquement dédié aux Messageries Maritimes est situé dans le bassin de la Pinède du port de Marseille, cinquième bassin plus à l’ouest en partant du célèbre bassin de la Joliette.

Vue 06 - Carte des bassins du port de Marseille– Le quai d’embarquement des Messageries Maritimes à Marseille fut, durant l’Entre-deux-Guerres, implanté dans le bassin de la Pinède, signalé ici par deux flèches rouges (carte aimablement communiquée par Philippe Ramona).

Depuis 1919, le paquebot André Lebon est un des navires de la Compagnie des Messageries Maritimes affecté à la desserte de cette ligne.

À son lancement, ce navire est désigné comme paquebot-poste ; cependant, cette mission a disparu après la Première Guerre mondiale. En revanche, le rapport du capitaine recense 1 215 tonnes de marchandises déchargées à l’aller, au fil des escales, et 1 707 tonnes au retour. Au sens des compagnies françaises, un tel navire était donc plutôt qualifié de « paquebot-mixte » (assurant à la fois le transport des voyageurs et celui des marchandises).

En ce début octobre, le rapport du capitaine nous apprend que l’André Lebon sort de trois mois de désarmement, avec équipage réduit, certainement aponté à un quai de service plus loin dans le port de Marseille. Le paquebot rejoint donc le quai d’embarquement dans le bassin de la Pinède le 8 ou le 9 octobre : c’est cette scène que Marcel Forhan immortalise par cette première photo.

Marseille : Marcel Forhan et sa famille sont présents le 8 ou le 9 octobre à l’arrivée du paquebot ; le père de famille photographie la manœuvre d’accostage – Collection Forhan FRH023
Marseille : Marcel Forhan et sa famille embarquent le 9 octobre ; il photographie les voyageurs arrivant calmement sur le quai pour embarquer – Collection Forhan FRH025
Marseille : l’heure du départ approche. L’équipage a retiré la passerelle d’embarquement et maintenu seulement une échelle de coupée pour les dernières personnes à embarquer, dont Marcel Forhan va faire partie, immortalisant les proches assistant au départ de ceux qui leur sont chers – Collection Forhan FRH026

Le voyage, dont le départ a lieu le 9 octobre 1925, conduira le navire à sa destination le 26 novembre, soit en 49 jours. Mais, pour la famille Forhan, Shanghaï, sa destination, sera atteinte le 13 novembre, 36 jours après son départ. Durant ces cinq semaines de voyage maritime, Marcel Forhan effectue un véritable reportage photographique que nous allons dérouler et commenter dans ces Unes.

Escale à Beyrouth, hors programme de la ligne.

À son départ de Marseille, le paquebot est réquisitionné pour embarquer un contingent de 622 militaires à destination de Beyrouth, qui n’est pas, normalement, une escale programmée de la ligne d’Extrême-Orient. Ce détour a lieu le 14 octobre : le capitaine indique une arrivée à 14 h 30 et un départ ce même jour à 17 h 30.

Vue 07 - Dans la rade de Beyrouth, transbordement des passagers par des navettes en vue de leur débarquement. (Carte postale, Coll. Lebanon of our grandfathers).

Les équipements du port étant insuffisants pour permettre l’appontement de grands paquebots comme l’André Lebon, ceux-ci sont obligés de mouiller dans la rade, les passagers étant débarqués à bord de navettes les amenant à terre. Dans son compte rendu, le capitaine explique qu’il a forcé l’allure pour la traversée de la Méditerranée, de façon à arriver au port en début d’après-midi du 14 octobre et de pouvoir en repartir avant la nuit. Il exprime sa satisfaction d’y avoir débarqué le contingent dans un délai minimum de deux heures trente (du fait de la nécessité de transborder les passagers), et son soulagement, « le navire ayant repris ensuite son aspect normal de paquebot… » .

La famille Forhan et des amis, photographiés en rade de Beyrouth - Collection Forhan FRH032

Cette photo n’est pas légendée par le photographe : la coïncidence remarquable du paysage côtier en arrière-plan, avec sa majorité de maisons blanches sans toiture, entre la carte postale précédente et la photo ci-dessus permet de l’identifier avec une bonne fiabilité comme prise dans la rade de Beyrouth, pendant le transbordement du contingent militaire. La famille Forhan n’est pas débarquée : il est vraisemblable que les passagers n’ont pas été autorisés à aller à terre, pour limiter le temps d’escale. La présente photo, prise à bord, est donc la seule qui ait été réalisée lors de cette escale.

Escale à Port-Saïd, porte du canal de Suez.

Dans son rapport, le capitaine explique qu’à la suite de l’escale imposée de Beyrouth, le passage à Port-Saïd s’est trouvé retardé d’environ une journée ; en conséquence, le capitaine limitera ensuite le séjour dans les ports suivants au strict nécessaire, ce qui permettra l’arrivée à Singapour à la date de l’itinéraire.

Vue 08 - Port-Saïd, une vue du port (Carte Postale, Coll Part.)

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, l’Égypte est sous administration britannique, mais la direction du canal est largement assurée par des Français ; de ce fait, Port-Saïd et Suez comportaient une forte colonie française. Pour l’heure, le paquebot parvient à Port-Saïd le 15 octobre à 10 h 30, port qu’il quittera ce même jour à 21 h. Cette escale, prévue au programme, permet de débarquer 29 passagers et d’en rembarquer 15, mais aussi de charger 683 tonnes de charbon.

Port-Saïd : le village arabe. Collection Forhan, FRH035

La famille Forhan profite des 10 h 30 d’escale pour descendre à terre visiter le village arabe, dominé par la mosquée Al-Abbassi dont on aperçoit le minaret. Cet édifice a été construit en 1904. C’est l’icône des monuments islamiques et de l’architecture religieuse dans le gouvernorat de Port-Saïd, car elle est d’un style architectural, artistique et décoratif très distinctif, très caractéristique du « district arabe » de Port-Saïd.

Ce port est aussi la ville où est établi le siège de la Compagnie du Canal de Suez, fondée par Ferdinand de Lesseps en décembre 1858.

Vue 09 – Le siège de la Compagnie du Canal de Suez à Port-Saïd. Carte postale. Coll. Particulière

La famille pousse même son excursion jusque sur la plage en bordure de canal, comme en témoigne cette vue extraite de l’album photo de la famille.

Vue 10 – Port-Saïd. Marcel Forhan (à droite, son casque sous le bras), ses trois fils et quelques amis sur la plage à proximité du canal (Album photo de la famille Forhan)
Port-Saïd : le port à l’entrée du canal. Collection Forhan, FRH036

La famille étant remontée à bord, Marcel Forhan prend cette vue à l’entrée du canal depuis le pont du navire.

Le franchissement du canal de Suez.

L’André Lebon lèvre l’ancre à 21 h pour entamer le franchissement du canal. Durant cet entre-deux-guerres, le trafic maritime sur le canal de Suez bat son plein : de nombreux navires se croisent ou se suivent à distance régulière.

Vue 11 – Le trafic maritime à l’entrée du canal de Suez dans les années 1920. Carte postale. Coll. Particulière.

Parti à 21 h le 15 octobre, le paquebot navigue toute la nuit pour franchir les 193 kilomètres du canal ; il ne parvient à Suez, à l’autre extrémité du canal, que le lendemain 16 octobre à 13 h 30 :  la dernière partie du parcours se déroule donc en plein jour.

C’est certainement en cette journée du 16 octobre que la photo ci-dessous a été prise.

Vue 12 – Photo prise durant la traversée du canal à la poupe du navire. (Album photo de la famille Forhan).

Nous voici donc parvenu dans la rade de Suez.

Dans le port de Suez. Collection Forhan. FRH037

Désormais, la famille a mis sa tenue coloniale, enfants compris. Ces derniers semblent tout fiers de porter une tenue coloniale à leur taille ! Cette vue a pu être localisée avec précision grâce au monument en forme d’obélisque blanche que l’on aperçoit sur la côte au dernier plan, juste sur la gauche de la tête de l’aîné des fils Forhan et du palan de bossoir destiné à manœuvrer une chaloupe de sauvetage : il s’agit du Mémorial de Port Tewfik, également connu comme Mémorial Indien, édifié pour commémorer les 4 000 soldats de l’armée Indienne morts à l’occasion de la campagne du Sinaï et de la Palestine durant la Première Guerre mondiale.

Vue 13 – Mémorial indien de Port Tewfik (avant 1967) - Wikipedia

Ce monument a été inauguré en mai 1926. La photo stéréoscopique, prise en octobre 1925, témoigne qu’à cette date, sa construction était néanmoins déjà bien avancée. Le monument a été détruit lors de la Guerre des Six Jours en 1967 et a été reconstruit dans le cimetière d’Héliopolis au Caire. Ce mémorial ne doit pas être confondu avec celui qui a été édifié quelques années plus tard à la demande de la Compagnie du Canal de Suez, dit monument « À la Défense du Canal de Suez », pour commémorer les soldats britanniques, égyptiens, français et italiens morts pendant la Première Guerre mondiale en défendant le Canal, monument édifié à Ismaïlia et inauguré en 1930.

Dans le port de Suez, dont on aperçoit la rive dans le lointain. Collection Forhan. FRH038

La durée de l’escale va ici être très courte : 2 h 30, de 13 h 30 à 15 h, sans doute le temps d’effectuer certaines formalités, car il n’y a ni embarquement, ni débarquement à opérer, ni aucun chargement complémentaire en charbon. Plusieurs paquebots sont ici au mouillage en attendant de reprendre leur route. C’est vraisemblablement un ami de Marcel Forhan, qui pose, accoudé à la passerelle de débarquement, avec deux des fils Forhan, dont Marcel André. La famille ne débarquera pas, l’escale devant être limitée à la durée la plus courte. Sur la droite des images, on aperçoit un vapeur fluvial, sans doute destiné au transport de passagers sur le canal, habitants riverains ou touristes.

La traversée de la Mer Rouge et l’escale de Djibouti.

À la sortie du Canal de Suez, après avoir quitté le port de Suez, l’André Lebon aborde la Mer Rouge qu’il va parcourir de bout en bout : 1 220 milles marins, soit 2 260 km que le paquebot franchit en presque quatre jours (93 h 15). Aucune photographie de ce parcours ne nous est parvenue.

Vue 14 – Affiche touristique Mer Rouge – Coll. Part.
Vue 15 – Timbre-poste Côte Française des Somalis

Le paquebot parvient maintenant à Djibouti, protectorat français, alors dénommé « Côte Française des Somalis », le 20 octobre à 12 h 30. La ville est idéalement implantée à la sortie de la Mer Rouge et à l’entrée du Golfe d’Aden. Ce territoire est donc un lieu stratégique pour l’administration française et son port a une grande importance, tant sur le plan militaire que commercial.

À cette date, le port de Djibouti ne dispose pas de quais verticaux accessibles en eau profonde. Les paquebots doivent donc mouiller en rade et les passagers comme les marchandises être débarqués au moyen de chaloupes qui permettent de rejoindre les quais. Seize passagers arrivent à destination tandis que cinq vont réembarquer. On charge aussi 315 tonnes de charbon (préalablement acheminé depuis Cardiff !).

Vue 16 – Vue générale du port de Djibouti et siège du Gouvernorat dans les années 1910.

La ville étant d’une dimension limitée, la famille Forhan va profiter de l’escale pour une visite de quelques heures, dont notre photographe prend plusieurs clichés.

Vue 17 – Place Menelik, non loin du palais du gouverneur (Album photo de la famille Forhan)
Djibouti, place Ménélik, le 20 octobre 1925 – Collection Forhan, FRH039

La place Ménélik est le cœur européen de la ville, favorisé à partir de 1890 par le gouverneur français qui a déplacé le siège administratif d’Obock à Cap Djibouti.

Le développement de la ville s’accompagne alors d’un engouement économique ; de nombreux commerçants européens et yéménites s’y installent. Dès 1891, les premiers établissements commerciaux sont réalisés sur la côte Nord de Djibouti. À partir de ces premiers établissements, la ville commence à s’édifier sur le Plateau de Djibouti à travers un plan cadastral en damier qui est devenu le centre historique de la ville d’aujourd’hui. 

En 1895, ce sont les Messageries Maritimes qui donnent un élan décisif à la fonction portuaire de la ville, en faisant de Djibouti l’escale maritime qui assure les liaisons régulières entre la France et l’Indochine, avec une correspondance pour Madagascar. En 1896, Djibouti devient le chef-lieu de la colonie. Le Gouverneur Lagarde y fait alors construire sa résidence, bâtiment à deux surélévations d’angle que l’on voit sur la droite de la vue.

Djibouti, le quartier africain, le 20 octobre 1925 – Collection Forhan, FRH040

Le quartier africain est tout à côté de la place Ménélik : on aperçoit les deux surélévations du palais du gouverneur au-dessus de la terrasse des maisons. Le quartier est animé : les enfants jouent dans la rue tandis que les hommes palabrent, assis autour d’une table. Tout le monde est souriant. Au second plan à droite, on aperçoit semble-t-il un café ou une taverne, signe que le mode de vie européen a déjà bien gagné du terrain.

La famille Forhan s’écarte ensuite à peine du cœur de la cité, en prenant une calèche.

Vue 18 - Depuis le quai de la Douane, au pied de la ville, ce cliché nous fait découvrir en quelque sorte l’envers du décor : le parlais qui sera à la fois celui du gouverneur et celui de gouvernorat (l’administration du territoire), en construction depuis 1920, achevé du côté de la place Menelik (vues 16 et FRH.39) est encore en construction du côté du port en octobre 1925 (Album photo de la famille Forhan).

Djibouti est située aux portes du désert. C’est à l’époque le terminus des caravanes de nomades qui commercent avec l’intérieur du pays. Un peu à l’écart du centre, la place avait été baptisée, par les Français, place Rimbaud. On y vendait aussi des chèvres et même du lait de chèvre ou de chamelle. La famille s’y rend ensuite.

Djibouti, le marché aux chameaux, le 20 octobre 1925 – Collection Forhan, FRH041

Sur ce cliché, toute la famille Forhan est immortalisée : les trois fils Forhan, Max, Marcel André et Robert, son épouse Suzanne avec un parapluie en guise d’ombrelle, ainsi que Marcel Forhan lui-même qui se tient derrière le dromadaire. Un couple d’amis les accompagne avec une jeune fille, l’homme tenant dans sa main un appareil photo monoscopique. Pour réaliser ce cliché, Marcel Forhan a utilisé le retardateur dont son appareil stéréoscopique est équipé. Les enfants sont coiffés de casques coloniaux à leur taille et portent des lunettes de soleil, accessoire qui ne se généralise que dans les années 1930 : ceci traduit l’aisance de la famille ainsi que le souci apporté par les parents au bien-être de leurs enfants.

Le capitaine parvient à boucler toutes ses obligations en six heures et quart, ce qui permettra de lever l’ancre et de larguer les amarres à 18 h 45. Le paquebot va désormais entamer une grande traversée de l’Océan Indien, sans escale jusqu’à Colombo sur l’île de Ceylan : sept jours de traversée sans toucher terre ! Ce sera l’objet du deuxième épisode, à suivre…

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Christian Bernadat

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Bibliographie

Rapport général du voyage 1925/1926 de l’André Lebon (Gallica ou French Lines), aimablement communiqué par Bernard Carrot, Président de l’Association Les Amis de French Lines.

Localisation du quai des Messageries Maritimes à Marseille dans l’entre-deux-guerres aimablement fournie par Philippe Ramona, animateur de l’Encyclopédie des Messageries Maritimes.

Photos de l’album photo de famille aimablement communiquées par Pascal Forhan, arrière-petit-fils du photographe.

https://www.messageries-maritimes.org/alebon.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yram

https://fr.wikipedia.org/wiki/Concession_française_de_Shanghai

https://sis.gov.eg/fr/egypte/tourisme/tourisme-religieux/mosquée-abbasside/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_de_Suez

https://fr.wikipedia.org/wiki/Monument_à_la_Défense_du_Canal_de_Suez

https://en.wikipedia.org/wiki/Port_Tewfik_Memorial

https://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/5958/

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